Osvaldo Ardiles, entre Tottenham et les Malouines...

Osvaldo Ardiles a été un grand, un très grand joueur de football. Mais cet argentin a connu des péripéties de carrière assez étonnantes. Ces dernières ont bien souvent été éloignées du football. Retour aujourd’hui sur l’épisode le plus noir entre l’Argentine et l’Angleterre, illustré par Ardiles.

Osvaldo Ardiles, entre Tottenham et les Malouines...
Osvaldo Ardiles sous le maillot des Spurs

L'éducation footballistique

Osvaldo Ardiles est un milieu de terrain assez emblématique du football argentin. Né en 1952, il commence son éducation footballistique sur les potreros, les terrains de terre. Formé à la « I » de Cordoba, il se révèle véritablement à Huracan, ou il disputera plus de 100 matchs. Ses performances avec le club argentin attireront des regards. Notamment celui de la sélection argentine. Il disputera d’ailleurs avec la Celeste les championnats du monde à la maison. Grâce à l’absence de Cruyff notamment, les Pays-Bas, pourtant plus forts sur le papier, laissent le titre à l’Argentine. D’aucuns argueront aussi de corruption à la FIFA. Connaissant la probité de l’institution internationale, cette hypothèse me paraît néanmoins plus qu’invraisemblable.

Osvaldo Ardiles se fait surtout reconnaître par son style de jeu si particulier. Avec ses pieds, il mène le jeu. Car doté d’un sens du ballon exceptionnel, il oriente à la perfection les ballons vers les pieds des coéquipiers pour créer des occasions. Diplômé en droit, il se fait aussi remarquer par ses capacités intellectuelles. Celui qu’on surnomme alors le python, par son style de jeu et ses dribbles, fait peur aux défenses argentines. Jusqu’à ce que Tottenham, le club londonien, décide de se l’offrir après le mondial. Dans un football anglais refermé sur lui-même après l’exclusion de ses clubs de coupes d’Europe, il apparaît à la fois comme un « étranger » et comme une bouffée d’air. Avec son ami Ricardo Villa, il est quelque peu perturbé par ce nouveau contexte.

Dans une interview au journal El Grafico, il rappelait même : « En arrivant, on se sentait comme des bêtes curieuses, car seuls des joueurs du Royaume-Uni jouaient dans ce championnat. Au Parlement anglais, des voix se sont même élevées pour dénoncer qu’on volait le travail à des Britanniques. »

Petit oiseau des îles

Mais Ardiles se fait assez vite adopter des fans du club qui dispute le derby de Londres avec Arsenal. Il remporte d’ailleurs la Cup en 1980. Et adopté par les fans anglais, ces derniers lui délivrent un affectueux surnom, Ossie. Il impose un jeu court dans un milieu des Spurs en déshérence, et acquiert également le surnom de Petit Oiseau des Iles. Un surnom plein de sens quand on sait que quelques îles du pacifique viendront bousculer sa carrière. Il est considéré par beaucoup comme un des meilleurs milieux de First Division, et par les fans du club blanc et bleu foncé comme un de leurs meilleurs joueurs. Il sera par exemple, dès sa première saison, élu meilleur joueur de l'effectif du club de la capitale. D’ailleurs, alors que ses trente ans s’approchent, il annonce qu’il se verrait bien finir sa carrière dans le club qui l’a révélé à l’Europe.

Mais le destin est contraire à Osvaldo Ardiles. Car en 1982, alors que Osvaldo joue un des meilleurs football de sa carrière, la veille d’une rencontre de 1/2 finale de Cup, la guerre des Malouines commence. De plus, Osvaldo est appelé au pays pour préparer le mondial la même année. Ce conflit marque profondément la carrière d’Ardiles. Car il est considéré en Argentine comme un traître et en Angleterre comme un espion. Tout ça pour une bataille pour un morceau de terre sur lequel n’habitent que quelques fermiers. Et des moutons.

Toujours est-il que Osvaldo Ardiles est contraint à l’exil. Et il s’exile vers le pays qui a découvert ces « Fucking Falklands », pour reprendre l’expression des anciens belligérants. Car il signe en France. S’il ne signe cependant pas à Saint-Malo, c’est le Paris Saint-Germain qui profite très légèrement des talents du fin et agréable milieu relayeur, le temps d’un prêt.

Un seul amour

Si ce prêt ne marque pas les esprits chez les pensionnaires du Parc des Princes, c’est bien parce qu’il n’est pas transcendant. Perturbé par les évènements, celui qui était sifflé dans tous le royaume retrouve un semblant de condition mentale. Mais il lui manque son seul, son unique, son merveilleux amour : Tottenham. Après un peu moins de 15 matchs sous le maillot du club français, il retourne en Angleterre. Et confortera dans le royaume de Sa Majesté son statut de légende du club à l'éperon.

Là, il aide notamment le club à remporter la Coupe UEFA 1984, aux tirs au but face au RSC Anderlecht. Après 221 rencontres au total sous le maillot des Spurs, il tirera sa révérence au club Londonien. Il leur fera quand même quelques infidélités, mais aucune de celles ci ne dépasseront les huit matchs. Après quelques piges aux Etats-Unis, et en tant qu’entraîneur à Swindon Town, Newcastle et WBA, les destins de Tottenham et d’Ardiles se recroisent. Celui qui avait déjà assuré l’intérim durant sa carrière de joueur (en 1987) retrouve le banc en 1993-1994. Un passage qu'il est préférable d'oublier. D'autant plus que, la même année, aux Malouines, alors qu'il tourne un reportage pour la chaîne sportive américaine ESPN, il est victime d'un violent accident de voiture, qui fort heureusement ne lui coûtera qu'une petite trentaine de points de suture. 

Mais sa carrière d’entraîneur ne sera pas aussi brillante que celle de joueur. Car s’il a été le premier non-britannique à entraîner en First Division, il devra trouver d’autres destinations par la suite. Après des piges au Mexique, en Croatie, au Japon, en Arabie Saoudite, en Malaisie, au Paraguay et chez lui en Argentine, il arrête d’être entraîneur en 2012.

Aujourd’hui, l’ancien milieu de terrain reste cependant dans le milieu du football. En effet, il a ouvert une école de football, la Ossie Ardiles Soccer School, au Royaume-Uni. La carrière d’Osvaldo Ardiles reste définitivement lié à la sombre guerre des Malouines, dont il a été une des victimes collatérales, en plus des 904 soldats argentins et britanniques tombés pour ce bout de terre planté dans le Pacifique Sud.