Plaidoyer pour Wayne Rooney

L'histoire commence un 19 octobre 2002 avec un bijou de frappe contre Arsenal. “Remember the name : Wayne Rooney” lâche Clive Tyldesley. Il vient d'être témoin du premier coup de génie de ce gamin, alors âgé de 16 ans seulement. Quinze ans plus tard, la carrière de Rooney n'est plus à faire. Et s'il n'a jamais gagné de Ballon d'Or, Wazza a fait bien plus : à une époque où règne le “foot marketing”, il a réussi à faire perdurer le “foot passion” et à rappeler que le football était une histoire de générosité. Alors comme un cri d'amour, voici un plaidoyer pour Wayne Rooney.

Plaidoyer pour Wayne Rooney
Wayne Rooney, ce héros

Le 9 juillet 2017 restera une date marquante en tant qu’elle signe la fin d’une époque, la fin d’une histoire d’amour qui dure depuis 13 ans. Difficile d’imaginer alors que cette romance se termine comme ça, sans l’hommage qu’elle mérite. Car Wayne s’en va discrètement, trop discrètement. Il part par la petite porte, comme un symbole d’une carrière qui a terriblement manqué de reconnaissance.

Si tout le monde s’accorde à dire que Rooney est un très bon joueur, il ne jouit pourtant pas de la même côte que ses contemporains, Ronaldo ou Messi par exemple. C’est vrai qu’il n’est pas beau. C’est vrai qu’il ne joue comme aucun autre. Et c’est vrai qu’il est la meilleure représentation de ces joueurs qui “puent le football”. Mais c’est ce qu’on aime chez lui, ce mélange de hargne et de talent. Car le talent est bien là : on ne compte plus ces transversales parfaites du coup du pied qui traversent le terrain, on se régale de ces courses de plusieurs dizaines de mètres pour tacler et récupérer un ballon perdu et on savoure cette technique et ce sens du but qui lui permettent de claquer un retourné acrobatique en plein derby de Manchester. “Il faut ce genre de but dans un derby de Manchester. Il faut un héros et ce héros c’est Wayne Rooney !”. Ce commentaire légendaire de Stéphane Guy confirme une fois de plus que Rooney est un joueur unique. Un joueur si unique et si complet qu’Arsène Wenger dira qu’il peut jouer à tous les postes.

Oui mais voilà, l’infernal Wayne Rooney est bien plus qu’un joueur talentueux, il est l’essence même du football, l’incarnation de la passion. Les gens vont au stade pour crier, chanter, rire ou pleurer. Tout cela, Wayne le fait sur le terrain. Il est bien plus qu’un footballeur professionnel, il est un homme. Il est d’ailleurs amusant de remarquer qu’entre deux compilations de ses plus beaux buts sur Youtube, s’intercale une compilation de ses plus “belles” fautes ou de ses plus gros pétages de plomb. Car comme tout homme, Wayne n’est pas un saint. Au-delà de quelques emportements sur le terrain, il a surtout fait peur au supporters mancuniens lorsqu’il a menacé de quitter le club pour rejoindre Chelsea ou Manchester City. Derrière ces menaces se cache en réalité la volonté d’une augmentation de salaire. Alors les supporters sont prêts à lui pardonner. Et puis il y a cette histoire d’un KO dans sa cuisine après un combat de boxe improvisé et de cette célébration, le week-end suivant, devenu célèbre. Une histoire qui nous rappelle cette ancienne légende du football anglais Paul Gascoigne.

C’est le mélange entre cette passion et ce talent qui fera de Wayne Rooney le joueur qu’il est. Tout est résumé dans ce but, l’un de ses plus beaux, contre Newcastle le 24 avril 2005. Alors que le jeu se déroule, il est - comme d’habitude - en train de crier sur l’arbitre. Le ballon arrive, en l’air. Rooney envoie toute sa force et toute sa hargne dans cette reprise de volée qui trouve la lucarne. Puis, toujours en colère, il renvoie le ballon dans les filets en criant. Infernal Wayne Rooney.

Mais ce qui caractérise le plus Wayne Rooney c’est sa générosité. Sa générosité quand il court et tacle pour récupérer un ballon qu’il a perdu. Sa générosité quand il délivre des passes à ses coéquipiers comme celle qui a permis à Robin Van Persie d’inscrire le plus beau but de l’histoire de la Premier League, en 2013 contre Aston Villa. Sa générosité dans ses efforts comme ce tacle complètement inutile, mais qui reflète son état d’esprit de guerrier, face à Wigan en Août 2012 où il se blesse salement à la cuisse. Sa générosité dans son placement, lui qui n’hésite pas à reculer d’un cran pour permettre à ce même Van Persie de siéger à la pointe de l’attaque mancunienne à son arrivée en 2012. Sa générosité, enfin, qui est encore présente dans ce transfert à Everton, dernier baroud d’honneur dans le club qui l’a présenté au monde entier en 2002. Cette générosité lui a peut-être fait défaut face à des trophées comme le Ballon d’Or mais elle a au moins renforcé l’amour que les supporters portent pour ce joueur.

Quoiqu’il en soit, Rooney aura laissé une trace. Certains se rappelleront peut-être de cette bicyclette contre Manchester City, d’autres de ce record de buts qu’il vole à Sir Bobby Charlton quelques semaines avant son départ, d’autres, enfin, de ces efforts incroyables qu’il produisait à chaque match. Le souvenir qu’il laissera à Manchester est en tout cas impérissable. L’idole qu’il a été pour tant de générations de supporters mérite son hommage : Nous vous aimons Wayne Rooney.