Malgré son nom bien français, la Planche des Belles Filles commence à avoir un accent italien fortement prononcé. Trois ans après la victoire de Vicenzo Nibali, Fabio Aru est parvenu à dompter les sévères pentes de la stations vosgienne. Comme son ancien coéquipier au sein de l’équipe Astana, le coureur sarde s’est imposé avec le maillot de champion d’Italie. Et toujours comme Nibali, il l’a fait avec la manière. Premier favori à attaquer, il ne s’est pas posé de questions, et dans son style de pur grimpeur, élégant sur sa machine, il a volé jusqu’à l’arrivée sans jamais être mis en danger. Arrivé frais sur ce Tour de France après avoir du renoncé au Giro à cause d’un genou douloureux, le leader incontesté de l’équipe Astana (n’en déplaise à Jakob Fuglsang) a confirmé ses bonnes dispositions entraperçues à l’occasion du Critérium du Dauphiné. Revenu à seulement 14 secondes du maillot jaune, Fabio Aru s’est parfaitement relancé en grappillant de précieuses secondes perdues sur le chrono samedi. Déjà vainqueur de la Vuelta, et monté à deux reprises sur le podium du Giro, le coureur italien a pris de la bouteille, et semble désormais prêt à briller sur la Grande Boucle à 27 ans.

Un Froome moins autoritaire

En parlant de maillot jaune, il a changé d’épaules hier pour retrouver un habitué de la tunique mythique. Comme attendu, Geraint Thomas n’a pas joué sa carte personnelle, et s’est sacrifié pour Chris Froome dans les deux derniers kilomètres. Relégué à 40 secondes de son coéquipier, le Gallois va se cantonner à son rôle de lieutenant de luxe. Un lieutenant qui aura sans doute du travail. Sur cette ascension lors de laquelle Chris Froome s’était réellement révélé lors de sa victoire d’étape en 2012, le Britannique n’a pas été aussi autoritaire qu’à son habitude. Sa Team Sky, notamment Kwiatkowski et Nieve, ont mené un train d’enfer pour écrémer le peloton, mais cela n’a pas permis à leur leader de faire la différence dans le final.

A 1,5 kilomètres de l’arrivée, il a placé une attaque mais a dû se résoudre à arrêter, voyant Porte, Bardet et Martin s’accrochant à sa roue. Finalement, il a terminé 3e à 20 secondes d’Aru, et même 4 secondes derrière un Dan Martin très explosif dans les arrivées très raides. Toujours à l’affût, l’Irlandais sera une nouvelle fois un poil à gratter capable de titiller les grands favoris même s’il n’a encore jamais tenu une cadence aussi enlevée sur les trois semaines de la Grande Boucle. Pour en revenir à Froome, il connaît une saison compliquée en terme de résultats et cette ascension ne rassure pas totalement. S’il a récupéré le maillot jaune, les écarts sont infimes, et il devra donc retrouver son meilleur niveau pour remporter un 4e Tour de France.

Porte et Bardet restent au contact, c’est dur pour Quintana

De son côté, Richie Porte avait décidé de jouer la victoire d’étape. Voyant une échappée composée de huit coureurs de renom ayant l’habitude des victoires (Voeckler, Gilbert, De Gendt, Bosson Hagen…) prendre le large, l’équipe BMC a roulé devant le peloton toute la journée afin de contrôler l’écart avant l’ascension finale. Une fois le pied de la Planche des Belles Filles atteint, la Sky a pris le relais et Richie Porte n’a plus quitté la roue de son pote Froome. Il a ainsi laissé filer Fabio Aru, et la victoire d‘étape. Au final, le coureur australien a le plus perdu ce mercredi par le jeu des bonifications. S’il a terminé dans le même temps que Froome, le Britannique a récupéré les 4 secondes allouées au 3e tandis que Fabio Aru lui a repris 30 secondes au total (20 sur la ligne, 10 de bonifications). Il devra donc forcément se livrer à l’avenir afin de distancer ceux qui seront sans doute ses deux principaux rivaux.

Attention toutefois à ne pas sous-estimer le reste de la meute de prétendants. Dan Martin est toujours bien présent, 4e au général, tout comme Romain Bardet. Deuxième l’an dernier, le Français a bien résisté et a montré un bon coup de pédale, échouant à seulement 4 secondes du duo Froome-Porte. Il est donc à l’affût au général, et pourra s’appuyer lors des prochaines étapes de montagne sur le soutien de Pierre Latour, toujours maillot blanc pour une poignée de secondes devant Louis Meintjes, le grand favori de ce classement. Autre outsider, Simon Yates a bien tenu, et va sans doute essayer de faire aussi bien que son frère Adam, longtemps placé sur le podium lors de l’édition précédente.

Du côté de la Movistar, il y a en revanche déjà beaucoup de doutes. Déjà handicapé par l’abandon prématuré d’Alejandro Valverde, Nairo Quintana semble cruellement manqué de fraîcheur et de rythme. Depuis sa 2e place sur le Giro, le grimpeur colombien n’a participé à aucune course. Ce mercredi, cela s’est senti dans les dernières pentes puisqu’il a lâché prise sans réellement lutté, terminant à 34 secondes d’Aru, derrière un Contador vieillissant et son compatriote Uran. L’enchaînement Giro-Grande Boucle est en général compliqué, et Quintana ne fait pas exception à la règle sur cette première étape. Malgré tout le Tour est encore long, et le Colombien aura l’occasion de réagir, si la condition suit évidemment. Les écarts sont encore minces et les positions ne resteront sans doute pas figées, mais on sait que la Planche des Belles filles est un véritable révélateur. Que ce soit Froome en 2012 ou Nibali en 2014, l’homme qui s’impose dans la station des Vosges a été le coureur le plus fort de l’édition concernée. C’est donc le moment ou jamais pour mettre un billet sur Fabio Aru !

Classement Général
Position Coureur Equipe Temps
1 Chris Froome Team Sky 18h38'59''
2 Geraint Thomas Team Sky +0'12"
3 Fabio Aru Astana +0'14"
4 Daniel Martin Etixx-Quick Step +0'25"
5 Richie Porte BMC +0'39''
6 Simon Yates Orica-Scott GrenEdge +0'43"
7 Romain Bardet AG2R La Mondiale +0'47"
8 Alberto Contador Trek-Segafredo +0'52"
9 Nairo Quintana Movistar +0'54"
10 Rafal Majka Bora-Hansgrohe +1'01"