Annecy 2018 : pourquoi un tel échec ?

Avant le début des Jeux de PyeongChang 2018 (9-25 février), VAVEL revient sur l'un des perdants à l'organisation de ces JO : Annecy.

Annecy 2018 : pourquoi un tel échec ?
Crédits : franceolympique.org

Annecy ne s'attendait pas à gagner mais une telle défaite est difficile à encaisser. Lors de la cérémonie de désignation de la ville hôte des Jeux Olympiques d'hiver 2018, le 6 juillet 2011 à Durban, la candidature annécienne n'a récolté que 7 voix sur 95. Les deux autres villes candidates étaient Munich et PyeongChang. La capitale bavaroise a obtenu 25 voix et le comté sud-coréen a donc été déclaré ville hôte des JO 2018 grâce à ses 63 voix pour. La ministre des Sports Chantal Jouanno déclare après le vote que "le sport français ne mérite pas ça". Un membre de la délégation annécienne n'avait pas mâché ses mots "On réglera les comptes après.". Oui, cette candidature a été chaotique et vraisemblablement l'une des moins abouties pour la France dans la course aux Jeux Olympiques.

Déclarée ville candidate

Un retour en arrière s'impose. Tout commence le 18 mars 2009 pour Annecy 2018. Le CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français) élit dès le premier tour la Venise des Alpes comme ville française candidate aux Olympiades de 2018. Nice, Grenoble et Pelvoux sont ainsi battus. L'aventure commence réellement le 22 juin 2010 lorsque Annecy entre officiellement dans cette lutte face à PyeongChang et Munich. Le bateau commence à chavirer le 12 décembre 2010. Le président de l'organisation et premier champion olympique de l'histoire du ski de bosses, Edgar Grospiron quitte son poste. Officiellement, il part à cause d'un budget attribué trop bas. Officieusement, il savait, par ses contacts aux CIO, que Annecy 2018 n'était pas suffisamment à la hauteur. Au départ, il y avait une hésitation de l'organisation entre Edgar Grospiron et Antoine Dénériaz, champion olympique de descente à Turin en 2006, pour la place de président. 

Edgar Grospiron  Crédits : 123savoie.com
Edgar Grospiron, directeur général du comité "Annecy 2018".   Crédits : 123savoie.com

L'Elysée et la ministre des Sports doivent donc trouver rapidement un remplaçant à l'ancien champion français. Le 10 janvier 2011, l'homme d'affaires Charles Beigbeder prend les rênes de la candidature. Le défaut qui lui est reproché est sa maigre connaissance du sport. Il est plus vu comme un businessman que quelqu'un d'entièrement compétent pour remporter cette bataille face à de rudes adversaires. Laurent Davier, rédacteur en chef de Ski Chrono, ajoutera que "Beigbeder a été une erreur monumentale. Il aimait les montagnes mais ce n'était pas la bonne personne.". 

La débâcle 

Le Jour J, la France a directement donné une indication quant au résultat du vote. Le président de l'époque, Nicolas Sarkozy, n'a pas fait le déplacement en Afrique du Sud. Il a préféré envoyer son Premier ministre François Fillon. Pourtant, ses homologues Angela Merkel et Lee Myung-Bak étaient présents. Charles Beigbeder avait enfoncé le clou à quelques heures du vote "Nous ne sommes pas une mégalopole qui loue des montagnes.". A ce moment le bilan est lourd pour la France. C'est la quatrième fois de suite qu'une candidature française est repoussée par le CIO (Paris par deux fois et Lille une fois). 

Budget trop haut et contestation

Le budget prévisionnel pour la candidature d'Annecy était de 18 millions d'euros. Comme souvent, le budget prévu est dépassé. Il atteindra 30 millions dont la moitié juste en publicité et communication. 2,5 millions s'ajoute pour la venue des membres du Comité International Olympique en Haute-Savoie durant le mois de février 2011. Avant cela, en décembre 2010, le CIO avait réalisé une enquête d'opinion auprès des habitants des villes candidates. 51% des annéciens étaient pour l'organisation des Jeux Olympiques. L'annécien n'a pas besoin des Jeux, il est tranquille. Puis on ne touche pas au Pâquier. En comparaison, 92% des habitants du comté de PyeongChang avaient émis un jugement favorable sur une venue des sports blancs chez eux.

Parmi la moitié des habitants contre, il y a ceux qui ont milité en créant un comité anti-olympique. Ils justifiaient leur mouvement avec le fait que le budget des JO serait gigantesque. Annecy seul ne pourrait jamais rembourser. L'exemple d'Albertville est criant. Organisatrice des Jeux en 1992, la ville savoyarde a mis 20 ans à rembourser ses dettes et a perdu 42,5 millions d'euros cash dans l'affaire. Faramineux pour une petite ville d'à peine 19 000 habitants. Leur autre argument était fondé sur l'expérience de Turin, autre ville alpine. En effet, les transalpins ont laissé à l'abandon de nombreuses pistes et hôtels après 2006. Ce groupe ne voulait pas que cela arrive à Annecy et la Haute-Savoie. 

Sigle du comité anti-JO.   Crédits : comiéantiolympiqueannecy

Même si c'est le cas pour chaque Olympiade, le droit du travail posait un problème majeur. Le CIO et la ville qui sera désigné hôte des Jeux se mettent d'accord pour créer de nombreux emplois dans la région à condition qu'il n'y ait pas de limites d'heures de travail pour les salariés. Etant donné le nombre d'heures d'épreuves durant la quinzaine, cela pose un souci par rapport aux salaires notamment. L'employé ne sera pas payé justement quant à son nombre d'heures. Sinon, il obtiendrait un salaire de ministre pour avoir travailler 15 jours au service des Jeux Olympiques. Il y avait également débat à Annecy sur les sponsors obligatoires du CIO dont font partis McDonalds et Coca-Cola, ainsi que neuf autres marques. Ces grandes multinationales auraient eu un accès libre en Haute-Savoie. "Des Jeux à taille humaine" comme le voulait Charles Beigbeder, il y aurait eu un problème. Aujourd'hui, il n'y a plus ce genre de problème puisque la ville hôte s'adapte sans soucis. L'accueil des JO sont en jeu après tout.

Toute ville olympique se doit d'avoir un grand stade. Ce n'est pas que le Parc des Sports d'Annecy aurait été ridicule mais 15 500 places, c'est beaucoup trop peu. Le chef-lieu de la Haute-Savoie avait prévu la construction d'un stade olympique de 42 000 places sur la pelouse du Pâquier. Problème, le projet avait été caché au public jusqu'à son envoi au CIO. Aucune consultation, aucun débat n'avait eu lieu. De plus, la pelouse sur les bords du Lac d'Annecy aurait été indisponible un an. Empruntée quotidiennement par des milliers d'annéciens et de touristes, il y aurait eu une vive contestation si une consultation au préalable avait été mise en place. La candidature, déjà bien fragile, aurait été encore plus contestée. 

L'enceinte aurait été placée face au lac, sur le Pâquier.   Crédits : franceolympique.org

L'idée d'un référendum auprès avait été évoquée en interne. Alors que la candidature était lancée, l'organisation voulait demander aux annéciens s'ils voulaient que les Jeux Olympiques viennent dans leur ville. Trop tard, l'idée est abandonnée... mais elle n'était pas forcément mauvaise. Le 16 octobre 2017, les habitants de la ville d'Innsbruck, dans le Tyrol autrichien, ont refusé que leur ville enclenche une candidature pour les Jeux en 2026. Réalisé neuf ans avant l'échéance, le référendum a décidé de l'avenir de cette candidature. 

Le problème des infrastructures et de l'environnement

Comme pour chaque Jeux Olympiques, la protection de l'environnement est soumis à débats. Le côté environnemental a été largement sous-estimé par l'organisation et tous les soutiens dans ce domaine sont partis les uns après les autres. Les JO auraient pu impactés terres agricoles et espaces naturels en Haute-Savoie. La vallée du Mont-Blanc, la Chaine des Aravis et le Semnoz, montagne surplombant Annecy, auraient pu être touchés par la venue des Jeux Olympiques. La pollution faite par les spectateurs aurait été un autre point négatif. 

Certaines infrastructures jugées inutiles posaient problème. L'anneau de vitesse à Seynod, ville limitrophe d'Annecy, n'aurait été utilisé que lors des Jeux. Avec les tremplins de saut à ski, le coût avoisinerait les 110 millions d'euros. A Grenoble, les tremplins sont en ruines depuis 1968. Seul le tableau d'affichage est encore debout. Quant à Chamonix, lieu des premiers Jeux Olympiques d'hiver de l'histoire, il y a bien longtemps que des hommes, skis aux pieds, n'ont pas été vus en train de voler... 

La ville d'Annecy en elle-même n'était pas un fardeau mais sa superficie posait problème : comment loger tous les athlètes et tout le public ? L'ex ville candidate compte aujourd'hui 285 hôtels. Munich en dispose pas moins de 800. Les Jeux Olympiques réunissent tout le gotha mondial du sport et un nombre de spectateurs immense, Annecy ne pesait pas lourd face à ses adversaires. Mais cela aurait pu être un avantage. Annecy est une petite ville paisible, au bord d'un grand lac, et coincée entre la Suisse et l'Italie. A côté, Munich est une grande métrople, troisième ville d'Allemagne, et PyeongChang est un comté coréen. Rien à voir avec Annecy. De plus, le peu de kilomètres entre les sites étaient un avantage. Malgré trois pôles - Annecy-Aravis, Mont-Blanc et un site plus éloigné à La Plagne pour le bobsleigh, le skeleton et la luge - toutes les épreuves étaient accessibles rapidement par la route. 

Les 3 pôles de compétition prévus.    Crédits : sportetsociete.org

PyeongChang, grand favori

Et si finalement le plus gros point faible était l'adversité de PyeongChang ? Pour Laurent Davier, "C'était à deux-tiers pour la Corée. Ils avaient déjà échoués deux fois en 2010 et 2014. Annecy avait peu de chance, ces Jeux étaient fait pour l'Asie.". La France n'est pas non plus dans l'esprit de poser une candidature pour chaque Jeux. Il ajoute que "Paris 2024 était déjà dans les têtes à cette époque.". Faire demi-tour aurait pu être une solution mais la France ne voulait pas. Pourtant, une candidature en 2022 aurait pu être intéressante. "Pékin et Annecy c'était deux façons et deux philosophies différentes de concevoir les Jeux. Ca aurait pu marché." dit Laurent Davier. C'était une chance de revenir sur des Jeux à taille humaine "comme Lillehammer 1994". Le problème que pointe également le rédacteur en chef de Ski Chrono est que les politiques haut-savoyards n'avaient pas l'expérience pour cette aventure. "Ils étaient plutôt frileux. Contrairement à Annecy, Albertville avait un homme politique qui l'emmenait [Michel Barnier].".